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Plus j’avance dans mon parcours scolaire, plus je me sens loin de mes racines, dans des groupes de plus en plus privilégiés, qui n’ont souvent pas à nécessairement à travailler sur l’intégration de leurs souvenirs dans chaque problématique sociale qu’on regarde. On est pas du même monde et ce qui résonne ces jours ci, c’est l’impression de ne jamais être avec mes pairs nulle part, quand ceux qui peuvent comprendre mon vécu de l’intérieur sont parfois davantage ceux qui se piquent dans des fonds de ruelles que ceux qui étudient ces vulnérabilités sociales avec moi.
Je n’ai honte ni de ce vécu qui nourrit ma sensibilité, mon intuition et mon humanité, ni de ces zones fragiles qui me donnent différents angles de compréhension du monde et de connexion a ce monde, ni de rien. Je me sent juste parfois bien seule, dans les présuppositions souvent faites qu’on est tous minimalement de la classe moyenne, de parents good-enough, de vécu dans les normes, et le sentiment d’imposture est décuplé même s’il n’y a rien qu’on cache volontairement. Je me demande où sont les autres migrants invisible des réalités et des classes sociales dans l’académie, mais je crois à la pertinence de notre présence, malgré la difficulté de se redéfinir, malgré pression involontaire à se renier.
On pourrait jaser de cette impression de n’être jamais chez soi là ou on a choisi d’être, et de ce sentiment paradoxal d’être homesick d’endroits ou on ne veut pas retourner. Alors que je m’intéresse au parcours identitaires, je redéfinis la mienne, et pendant que j’essaie de comprendre l’itinérance, je cherche a définir un chez moi dans cette profession qui sollicite tout ce que je suis et n’arrête pas de me forcer à évoluer. Et là, j’ai l’impression que si j’étudie aussi la reconnaissance, c’est que je suis de façon très ennuyeusement prédictible en train d’essayer de trouver le sens de ma propre vie au travers les injustices qui me restent dans la gorge quand je regarde les personnes qui vivent l’itinérance être déshumanisées tout en essayant de dépasser ce que je peux ressentir.
Les parcours difficiles sont parsemés de violences, le mien comme celui de ces personnes. Cette violence initiale est souvent décuplée en ce qu'elle rend souvent difficile de reconnaître pleinement l'humain dans son entier, dans ses besoins mais aussi, dans la force qu'il déploie pour survivre. On ne reconnait pas les chemins faits dans les zones fragiles entre le trauma et l'existence et les savoirs qui en découlent. La violence, c'est aussi celle de la science, qui se croit capable de Connaitre plus que la personne qui porte les marques du savoir qu'elle a acquis malgré elle ou qui donne à son savoir une valeur supérieure. Les savoirs sont pourtant complémentaires, et le savoir de l'académie est arrogant et incomplet s'il renie la place du sujet qu'il étudie. 
Souvent, le ton de l'académie m'agresse viscéralement: il porte en lui cette arrogance qui regarde ses sujets de haut. De ma posture de scientifique, je suis déçue de savoir qu'on se prive d'un angle de connaissance nécessaire à constituer un tout, mais ma sensibilité aux injustices épistémiques n'est pas étrangère à cette posture schizophrénique ou je suis à la fois chercheure et sujet de ma connaissance intime de la violence, de l'invisibilisation et de l'injustice.
Ce texte est bien confu et ma tête déborde de sujets connectés.

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Il y a ces hauts, où j'ai ce sentiment de privilège aigu de pouvoir aiguiser des idées dans une communauté d'artistes de la pensée. Il y a ces bas, où les cisailles sont lourdes, où les espace de réflexion de mon cerveau se résignent comme des territoires conquis dans une bataille qui continue d'être livrée. Il y a tout le vide, celui des jours où je ne fais rien d'autre que de me dire qu'il fait vraiment que je commence. Je suis fatiguée.